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J'écris parce que je chante mal

Autobiographie fictive et autres badauderies

...

26 mai 2008
On est en plein déménagement ici, et il semble que ce soit plus complexe que prévu.
Il se peut donc que certains liens tels les commentaires et les libellés fonctionnent mal pendant quelque temps.
Désolé.

Puuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu...

Libellés :

Le Gala Blogu'Or 2008!

24 mai 2008
Même si on a une petite idée du nombre d'heures que cela exige, il demeure difficile d'imaginer tout le travail colossal qu'une émission comme le gala peut demander, mais on peut en voir le résultat ici.

Près de 10000 votes au total, et près de 600 juste pour la catégorie Littérature-Fiction (ou, comme le dit Patrick, Littérature-Alcool à friction), catégorie dont je suis sorti grand gagnant! Wow!

Je dois avouer que ça me laisse sans voix, même si mon personnage 3D du gala semble bien «dealer» avec ça. En passant, merci aux organisateurs-dessinateurs pour la tignasse! Quand j'aurai l'air de mon ami Patrick (ce qui devrait être bientôt...), je regarderai ces images avec une petite larme...

Merci beaucoup tout le monde!





Allez oust! maintenant, au gala!

Libellés :

Perles et coquilles

22 mai 2008
Voici venu le temps des perles estudiantines. Préparez-vous un café, il y en a eu quelques unes cette session. Bonne lecture!

C’est une œuvre des plus disputées.
(À la bibliothèque, elle est constamment au coin!)

Les mensonges laissent les lecteurs sans distinction entre la réalité et la fiction.

(Les gros, les grands, les chauves, les nains… Tous!)

L’auteur laisse une forte empreinte sur les lecteurs dont tout le monde devrait faire expérience.

(Surtout les lecteurs inexpérimentés.)

L’exercice fera réaliser à l’élève les erreurs de coordination et lui permettra d’éviter de se répéter.

(On se frotte le ventre d’une main, on se tape sur la tête de l’autre, tout cela contre le bégayement?)

Le ballet classique remonte à l’Europe.
(Wouuuu… Ça remonte à loin!)

Julie aimerait maîtriser les rouages de sa langue.
(Pour mieux tourner sa langue 7 sept fois avant d’écrire.)

L’utilisage du dictionnaire est une nécessité.
(En effet!)

L’histoire est obscure et lourde comme du brouillard.
(Et tendre comme la pluie.)

Une histoire longue et détroutante (!) qui laisse le lecteur avec un goût désagréable dans sa tête.

(Alors, on se la rince avec du Listerine.)

L’auteur est le récipient du Prix du livre Inter.
(Une bol ou une cruche, l’histoire ne le dit pas.)

Les personnages ont tous des cicatrices béantes.
(S'il vous plaie.)

Le livre fait un rebondissement.
(Probablement suite à son lancement)

Les romans sont une collection de racontes(…)
(Du moins, c’est ce qu’on raconte.)

Les trois romans sont écorchés et cruels.
(Vifs!)

Les lecteurs tiennent l’haleine de la première à la dernière page.

(En plus, ils la tiennent par la bouche!)

Une grande partie des décès sont tous évitables.
(Tous, mais en partie…)

Les ingénieurs se travaillent pour trouver des solutions.
(Moi, c’est les femmes qui me travaillent.)

Selon Thera, l’Atlantide a existé mais à l’âge bronzé.
(Juste après l’âge de plage.)

La police judiciaire est spécialisée en détromper des crimes.
(Il ne faut pas laisser les crimes dans l’erreur.)

Le monde est sur le point de ses fondrés.
(Et il sec raserait.)

Il y a des changements percevoirables.
(On répète en choeur: l’utilisage du dictionnaire…)

Le titre nous provoque à croire qu’une partie…
(Provoque-moi pas…)

L’histoire n’a pas de terminaison qui est une déception.
(Une terminaison muette.)

Une autre traite intéressant est le montant de rebondissements.
(Un autre nom pour la taxe sur le divertissement?)

Une histoire d'hommes pleine de tristeste (…)
(Avec un taux élevé de tristostérone.)

Les livres sont basés narrativement (…)
(C’est ce qu’on raconte.)

La façon que les livres sont écrits et les transitions entre chacun sont retardées.
(On la comprendra plus tard…)

L’un des personnages se fait nier.
(Niés, eux.)

Il y a de fréquents évènements atrocieux.
(Sans parler des bizarriens et des étrangions.)

Le contenu est vide.
(Mais pas le contenant.)

Malgré son ennuyance, l’histoire (…)
(La souffri du lecteur.)

Elle s’est enfuie en 1986, en France et en avion.
(En... técas.)

La fille fait de l’amour avec son amant.
(Elle fait le bruit aussi…)

Une femme s’habitait seule (…)
(Je préfère ce genre de femmes à celles qui s’habitent chez leurs parents.)

Les personnages vivent des choses imaginablement horribles.
(On peut le voir.)

Plusieurs gladiateurs se battent dans la reine (…)
(Peut-être finiront-ils par s’ébattre…)

Les personnages vont d’une payes à l’autre.
(Ils voyagent à toutes les deux semaines…)

Il traverse la frontière et l’aisse son frère.
(Plus tard, il leur trouve.)

Le style évolue au passé du temps.
(Ce temps qui laisse des tracés.)

En échange du gardien, le Canadiens de Montréal recevra le 2e choix de Washington à l’empêchage de 2008.
(Le repêchage de tourner en rond.)

Les frères Kostityn sont des attaqueurs célèbres, Guillaine Latendresse fait des grands échèques, (…)
(Quand un vrai fan parle hockey…)

Plusieurs compagnies refusent d’embaucher les individus qui contiennent de l’encre dans leur peau.

(Sauf pour en faire des encriers.)

J’aimerais ouvrir une pâtisserie car j’aime cuire.
(Une nature chaude!)

Une éducatrice doit être capable de travailler avec n’importe quelle genre de personnes : ça peut être une fille ou un garçon.

(Ouf! Il y en a vraiment de tous les genres!)

L’âge le plus important pour le développement des adolescents est entre 1 et 6 ans.
(Rien de pire qu’être menstruée en plein Terrible Two!)

Tim Hortons garde un bilance financiel pour voir les recevoir et les perdus.
(Je n’ai jamais rien compris à la comptabilité.)

Sue Rodriguez était une mère atteinte de sclérose latérale amylotrophique de Colombie-Britannique.
(La sclérose de Saskatchewan est plus plate…)

Il s’en et rend du compte.
(Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça m’a pris un certain temps…)

On aime aller à la cabine à sucre.
(Et que dire de la cabane téléphonique?)

Il est un immigrant de hongrois.
(Haaaaa, le Hongrois et ses paysages…)

S’il y a un pêcheur sur un bateau et qu’il est perdu, il est probablement dans l’eau.
(- Chérie, je suis perdu.
- Mais non, tu es dans l’eau.)

Et une dernière. Une coquille orale d’un étudiant. Quand je dis aux Français que la distinction é/è à l’oral est toujours et encore utile…
- Ils sculptent les os de leurs parents morts, attachent l’os sur un bout de bois et s’en servent comme des épais.
(Un coup d’épais dans l’eau!)

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Au poteau!

20 mai 2008
Ça se passe au Djibouti en ce moment. Un fait divers comme il y en a trop. On a retrouvé un enfant mort dans le fond d’un puit. La police fait sa petite enquête puis arrête Omar, un demi-oncle, pour le questionner.

Bien sûr, l’affaire est sordide et les journalistes tels des vautours viennent planer dans les parages. Ils interrogent le village au complet et tous trouvent qu’en effet, Omar était un être bizarre : il était solitaire, il n’avait pas de travail, il n’avait pas de femme, il avait déjà volé tout un panier de nourriture il y a longtemps. Bref, il n’était pas net net.

À la télé, on montre le visage d’Omar dans la voiture de police. On fait son portrait psychologique. Les gens commencent à dire que c’est un salaud, qu’on ne pouvait faire ce genre de crime – surtout à un bébé - à moins d’être un foutu débile.

Dans les journaux, dans les discussions sur la rue et dans les chaumières, on lance des pierres à ce foutu crétin. Certains iraient même à le lapider sur le champ s’ils l’avaient sous la main.

Pourtant Omar n’a jamais été officiellement reconnu coupable de quoi que ce soit. Peut-être sera-t-il relâché demain, si ça trouve. D’un sens comme dans l’autre, sa vie est foutue pour quelque temps. Tout le monde l’a condamné comme autrefois on brûlait sur un bûcher de vieilles filles seules en les accusant de sorcellerie.

Mais les sorcières, c’était il y a 100 ans, et le cas d’Omar, c’est dans un village pauvre du Djibouti. J’ai dit du Djibouti? Pardon, je voulais dire du Québec. En 2008.

D’accord, ce n’était pas un bébé, pas dans un puit, etc. Mais c’est du pareil au même.

Peut-être que Francis Proulx est coupable, peut-être pas. On ne sait pas et on est bien mal placé pour le savoir. Dans les yeux des journalistes et du public, suspect et coupable, c’est la même chose, et on l’a tous déjà condamné.

Si jamais M. Proulx était reconnu innocent, gageons que personne ne s’excusera.

[Edit] Ça m'apprendra à afficher mes messages deux jours plus tard: il appert que M. Proulx ait été officiellement accusé de meurtre.

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Blogu'Or 2008

Vous voulez savoir qui a gagné quoi?
Vous voulez découvrir de nouveaux bons blogues?
Vous voulez entendre les blogueurs gagnants remercier leurs lecteurs?
Moi si.
Ce sera ici.

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Don Pedro (dernière partie)

16 mai 2008
Il quitte sa maison de fous. Seul. Seul pour la première fois depuis qu’il y est entré, personne ne sait quand. On ne voulait pas qu’il fasse des barres sur les murs pour compter les dodos. Pierrot avait alors entrepris de compter le temps dans sa tête mais rapidement, il a eu trop de jours, trop de chiffres, trop de temps. Il s’est emmêlé. Il a essayé moins de chiffres. Il a essayé de compter les hivers. Mais des fois il fait froid et il fait beau, des fois c’est Noël et il ne reçoit pas de cadeau. Il a perdu le fil. C’est facile à perdre, le fil. C’est pour ça que Pierrot est décousu. Il ne faut pas lui en vouloir. Là où Pierrot vivait, il ne servait à rien, ce fil, de toute manière. Mais ça c’était avant.

Pierrot rejoint une rue et il marche sur le trottoir. Il marche comme dans la maison de fous, sauf qu’il vente dans ses cheveux puis qu'il se met à pleuvoir. Il a un peu froid sans ses chaussettes et sans ses garde-fous autour de lui. Il n’a pas l’habitude. Il faut qu’il rentre quelque part. Alors il suit des gens et pousse une porte. C’est écrit Radisson. Il sait lire. C'est sale, c'est gris. C'est éclairé comme dans sa chambre avec les murs pas de barres, les murs pas de temps. Pierrot décide de suivre tout le monde, et tout le monde prend un escalier qui crache ses marches une à une. Pierrot doit sauter sur une marche, mais il a peur que chaque marche qui apparaît soit la dernière. Alors il saute sur une marche déjà loin et bouscule une dame. Il dégoutte. Elle le fusille du regard mais ne dit rien. Pierrot a eu trop peur pour le remarquer. Il descend l’escalier de Radisson appuyé sur une rampe qui descend à la même vitesse que lui, ce qu'il trouve magique. En bas, le plancher mange les marches et Pierrot tente de remonter l’escalier. Mais tout va trop vite, il y a trop de monde, et Pierrot se retrouve étendu par terre. Il reste là, quelques instants, le temps d’arrêter le roulis. Il a oublié de garder son équilibre. Il oublie des choses comme ça, des choses qu’il se répète pourtant souvent. Pourtant il n’est pas si fou que ça. Pas fou-fou en tout cas.

Des gens qui n’oublient jamais rien passent devant lui. Un homme lui lance de la monnaie sans lui payer attention, on lui lance des mots sans lui parler, on lui lance des regards sans le voir. Pierrot ne s’en fait pas trop. Il a l’habitude des autres fous et il voit bien leur jeu. Ce n’est pas toujours drôle, leur jeu. Il a de bons yeux. Il en faut pour voir l’autre bord de la mer, pour voir où il va, où les gens connaissent Don Pedro. Parce que Pierrot, c’est un nom que des parents ont donné. Mais Pierrot ne leur avait rien demandé. Surtout pas qu’il le laisse chez les fous parce qu’il y a des vagues dans sa tête. On n’abandonne pas les gens chez les fous. Il n’y a pas de raison. Il n’a pas de raison mais il n’est plus fou. Il est parti ce matin.

Le vent commence à souffler et Pierrot se lève. Le vent souffle. Très fort. Trop. Ça le retourne. Il essaie de marcher à reculons. Il a le vent dans le dos mais il avance à reculons. Puis le vent se clame, se fait doux. Pierrot regarde les gens tourner dans les tourniquets. Ils tournent rond. Lui ne tourne pas rond. Il passe par dessus. Il n’est pas toujours nécessaire que les choses tournent rond. Il n’est pas si fou. Et il marche. Il suit le flot des gens. Des vagues de gens pas fous parce qu’ils peuvent sortir de leur maison sans garde-fous, quand ils le veulent. Ils peuvent choisir d’aller à gauche ou à droite. Ils peuvent choisir et ils choisissent tous d’aller dans l’escalier Angrignon. Pierrot sait lire. Il lit à voix haute. An-gri-gnon. Il n’aime pas beaucoup le son que ça fait dans sa tête, An-gri-gnon. Au-dessus de l’autre escalier, c’est écrit Honoré-Beaugrand. Ça va avec lui, Honoré-Beaugrand. Il aurait bien aimé s’appeler Honoré. Il se dit que c’est pour lui, ce nom-là. Qu’il est Honoré. Honoré de vous rencontrer. Il rit de son jeu de mots. Pierrot sait être drôle parfois. Tout le monde le dit, à la maison: «Il est drôle, lui.» Et il descend l’escalier Honoré en riant.

Il va sur le quai. Tout le monde est de l’autre côté. Seulement Pierrot est du sien. Personne d’autre. Il compte. Zéro. Il sait compter. Mais il compte sur personne. Il compte sur lui, il compte sur ses doigts. Il n’est pas fou.

Les gens de l’autre côté n’ont pas l’air heureux. C’est pas joyeux tous les jours de ne pas être fou. Ils peuvent bien tous être du côté Angrignon, lui, il est Honoré. Il leur crie fort. JE SUIS HONORÉ! Il sait bien qu’ils l’entendent mais ils n’écoutent pas. Personne n’écoute jamais. Mais Pierrot n’a pas besoin de leurs oreilles. Il a les siennes. Il a des yeux aussi. Des yeux pour voir au-dessus des vagues. Pour voir son pays. Son pays qui est par ici. Il n’a qu’à suivre la ligne jaune tout au bord du gouffre. Il n’a qu’à suivre le fil sans le perdre. Alors il marche dessus, en équilibre. Il ne faut pas qu’il oublie. Il veut aller jusqu’au tunnel, jusqu’au trou noir. Et il marche. Et il rit de se voir déjà de l’autre côté de la mer, dans son pays, chez lui, avec des amis et des gens qui rient. Il ferme les yeux et il respire le vent chaud qui commence à souffler. À souffler dans sa voile. Dans le tunnel juste devant lui, il entend les vagues. Il entend la mer gronder. Tout doucement d’abord. Elle ronronne comme un chat. Puis plus fort. Puis elle rugit! Fort! Fort comme un lion! Fort comme une montagne de lions! Fort comme un fou qui est heureux! Fort comme Don Pedro sur son bateau sur la crête d’une vague! Il garde son équilibre malgré la vague de joie, malgré la vague de bonheur! Il va enfin partir! Loin des creux, loin des fous! Il est au sommet! Il voit tout! Il voit surtout qu’il n’y a rien, ni côtes ni pays. Il voit le vide, et ça l’étourdit.

Tout est question d’équilibre.
C’est ce qu’a pensé un préposé en se penchant sur Pierrot.
Et les yeux mi-clos, Pierrot lui a dit qu’il avait seulement oublié, qu’il ne fallait pas lui en vouloir.

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Don Pedro (2e partie de 3)

15 mai 2008
Pierrot essaie tous les jours de marcher droit, de ne pas tomber, mais il a des problèmes d’équilibre. Ce n’est pas facile. C’est même difficile parfois. Il tombe souvent. Mais il essaie de tenir bon. Il essaie de se tenir. Ce n’est pas facile à savoir, se tenir. Il paraît que c’est plus facile pour certains. Mais Pierrot n’est pas certain. Il est lui. Quand il est fin, quand il se tient bien, il a le droit d’aider. Parce qu’il est moins fou que les autres, on lui confie des trucs. Pas des trucs importants ni des secrets. On lui confie des tâches. Ce matin, il débarrasse les tables. Ce n’est pas à la portée de tous, débarrasser les tables. Il faut mettre les bols dans les assiettes, les assiettes dans d’autres assiettes, les ustensiles dans les verres, et tout ça dans le bac à roulettes. Sans ce travail, il s’ennuie. Tout l’ennuie. Les autres aussi l’ennuient avec leur bave et leur rire de fous. Alors il préfère travailler, mettre les petits plats dans les grands, faire des piles, et pousser tout cela à la cuisine.

À la cuisine, il y a un cuisinier et des couteaux. Il y a aussi plein d’objets auxquels il ne peut pas toucher. Un cuisinier crie qu’il a des mains pleines de microbes. Alors Pierrot regarde sans toucher. Il observe les gestes du cuisinier, il observe les règles. Mais le cuisinier crie quand même «pousse-toi!» puis il crie «tire-toi!». Pierrot ne sait jamais ce qu’il veut vraiment. Alors il ne bouge pas. Quand il ne bouge plus, le cuisinier devient rouge. Pierrot croit que le cuisinier est aussi fou que les autres. Mais ce matin, à la cuisine, il n’y a personne. Il n’y a personne et la porte de la ruelle est ouverte. Alors Pierrot jette un regard à la ruelle. Il pleut et il n’y a vraiment personne. Pas un chat, rien. Il sait que personne n’a pas le droit de sortir de la maison sans les garde-fous, et si quelqu’un sort quand même, ils crient, ils frappent, ils enferment longtemps dans des chambres sombres. C’est insensé. Mais comme tout le monde est déjà fou, ça ne dérange personne. Et là, il n’y a personne. Alors Pierrot trouve un crayon, il écrit quelques signes sur le mur près de la porte, et il sort, il part, sans le dire à personne. Juste à lui. Il se le dit dans sa tête. Il a écrit bay! sur le mur et il a signé. Il a même signé. Don Pedro. Il est un homme de peu de mots. Quand les garde-fous les liront, ils se diront qu’ils auraient dû se méfier. On ne se méfie jamais de Don Pedro.

Il a mis le pied dehors. Puis les deux. Mais un pied en premier. Il ne faut pas sauter les étapes.

Dehors, il se tient bien droit. Il inspire les bras en croix. Comme Jésus sur le Titanic. Il sent le vent, le vent qui se lève, le vent dans sa voile de bateau, le vent qui lui souffle dans l’oreille de partir loin. Il pleut et il se sent grand. Il se sent debout. Il est sur la crête d’une vague, et le temps d’un soupir, le temps d’un haut-le-cœur, il se tient droit. Droit de hauteur. Et jl voit loin. Il voit le vide autour de sa vague, le vide qui l’étourdit, qui veut lui faire perdre l’équilibre, qui veut le faire retomber dans un creux. Alors il bat des bras pour ne pas perdre pied, pour ne pas perdre la tête sous la surface tandis que tout autour de lui roule, casse et brise. Il se bat pour ne pas perdre l’équilibre. Son équilibre à lui.

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Don Pedro (1ère partie de 3)

13 mai 2008
Il ne faut pas lui en vouloir. Tout est question d’équilibre. Il ne doit pas oublier de ne pas tomber quand il se tient debout. Dès que les garde-fous le réveillent. Dès qu’il se lève. Tous les matins, il se lève. Ce n’est pas rien. Ce n’est pas comme d’autres, comme les vieux de son étage, ces grands flancs fous.

Il s’appelle Pierrot. Comme l’ami de celui qui a perdu sa plume, comme le petit frisé à la maternelle, comme le fou du village du temps des châteaux et des dragons et des jolies dans les donjons. Pierrot. C’est son nom. Pas à la mode. À contretemps. C’est un nom bémol, qui sonne un peu plus petit. Jamais tout à fait à la hauteur, jamais la note juste. Qui n’est pas «la», qui essaie de faire comme «si». Un nom qui n’évoque rien de bien intelligent. Un plomb au bout d’une ligne, un pois dans une tête, une ancre à bateau. Une ancre avec deux pieds de chaîne. Deux pieds idiots. Deux pieds inutiles car il navigue en eaux profondes, en eaux creuses. Pierrot.

Un jour, il y a longtemps, un garde-fou a bien vu que Pierrot ne lui allait pas. Pas comme un gant, en tout cas. Il a bien vu que ça n’allait pas avec sa tête. Il n’était pas fou. On ne pouvait pas présenter une masse de cent kilos avec un nom comme Pierrot. Ça faisait sourire. Pierrot aussi il souriait. Mais dans sa tête il ne souriait pas. C’est comme ça. Quand il ne sourit pas, il sourit pareil. C’est idiot, il le sait. Un jour, ce garde-fou l’a appelé Don Pedro. Pour rien. Parce que Pierrot a les cheveux noirs, parce qu’il a un nez d’aigle, parce qu’il a la peau foncée. Parce que quand les autres se moquent trop, parce que quand ils le fatiguent, il leur parle arabe en espagnol. Mais ce n’est pas vrai, il ne parle pas arabe en espagnol. Mais ils ne le savent pas car il fait semblant, il fait comme si. Il sait lire et il sait parler. Mais pas l’arabe en espagnol. Juste sa langue à lui. Il n’est pas si fou que ça. Il n’est pas aussi fou que tous le croient. Quand ils se taisent, Pierrot parle de ses vagues, mais ils ne comprennent jamais rien. Ils disent qu’il n’est pas tout à fait là. Ils confondent toujours tout. Ils confondent la mer et le désert, son bateau et les coquilles de noix. Ils disent nut. Pierrot sait que nut ça veut dire noix en arabe en espagnol. Il ne comprend pas tout mais il faut les comprendre : ils sont un peu fous aussi. Souvent, ils le sont pas mal plus que lui, même s’ils sont ses camarades, même s’ils vivent à la même place, dans la même maison, le même monde.

Comme ce sont les seules personnes à qui il parle, il fait le fou comme eux. Il fait le fou plus que nécessaire. Il parle leur langue. Il parle en boucle sans jamais rien boucler. Sans arrêt, il boucle, il cerne, il fatigue. Alors il se tait. Mais même quand il se tait, il continue. Il parle dans sa tête. Il s’entretient. Il s’entretient sinon il use. Il le fait sans arrêt. Il en a pris l’habitude, il a pris pli, il est devenu un peu plus fou que nécessaire, pour être comme les autres, pour être un peu moins seul. Il s'amuse plus avec quelqu'un avec qui parler. Plus il est fou, plus il rit. Mais il n’est pas si fou. Il s’appelle Pierrot et il divague souvent. Il vogue dans ses vagues. Jusqu’à son continent. Jusqu’au pays de Don Pedro. Il s’appelle Pierrot.

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Preuves

12 mai 2008
Le truc a fait ses preuves : on nous prétend une activité X, disons un souper en amoureux, et quand on arrive au resto, les amis nous y attendent et cachés derrière leur menu.

Le truc à fait ses preuves et je suis tombé dans le panneau samedi soir. Il faut dire que cette fois, c’était 10 jours après mon anniversaire et comme on avait fêté le 40e de Patrick le jour de ma fête (le bougre, il a choisi de naître le jour de mon anniversaire, question de me voler la vedette… Incapable de choisir une date à lui… M’énarve…), je croyais bien mon tour remis aux calendes grecques.

Ça demande d'être préparé, de gérer des horaires disparates et capricieux, de nager entre les semi-vérités et demi-mensonges, d’appeler les gens en secret, de fouiller dans les carnets d’adresse, de prétendre des soirées au cinéma, de ne pas parler en rêvant. L’habileté de Dame V. à ces égards est de toute évidence élevée, ce qui m’inquièterait si j’étais un tant soit peu plus parano.

Samedi soir, je suis rentré un peu aviné et très heureux d’avoir une copine aussi attentionnée et de si bons amis, qui pardonnent mes absences, mes oublis, mes fatigues et mes niaiseries. Parfois je me demande si je les mérite tous, copine et copains.

Le truc a fait ses preuves, et il fait du bien.

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Blogu'Or 2008

5 mai 2008
Qu'ouis-je? Les Blogu'Or 2008?
Que lus-je? Quelqu'un de gentil m'y a mis en nomination?
Le crois-je? Dans deux catégories: Littérature-fiction et Opinions?

Allez voir! Cliquez et allez voter! Même pas besoin de manger chez Saint-Hubert! En plus, on y fait plein de belles découvertes (et des pas mûres)!




Sur ce, merci à celle-celui-celles-ceux ou autre qui a-ont ajouté mon blogue à la liste.

Libellés :

Attention, je vous écoute...

4 mai 2008
On fait le bon parent, on montre à dire s'il-vous-plaît-merci-pirouette, on enseigne des chansons, et...

Comme si les lapsus de sa mère ne suffisaient pas, voici que ma fille s'y met. Hard!

(Rappel: c'est chanté du haut de l'innocence de ses 2 ans, et ce qu'elle chante n'est pas ce que j'entends. Alors, on se calme avec la DPJ...)

«Au clai' de la lune
Mon ami est yo
P'ête moi ta pute
Pou' éc'i' un mot
Ma landelle est motte
Ye yé yu ye (bref silence) FEUUUUUU!
Ouv'e-moi la plote
Pou' l'amou' des yeux.
»

Je crois qu'elle serait mieux de faire comme moi et de se mettre à l'écriture au plus vite!

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Les Amis en collant

2 mai 2008
Il y a des héros grandioses, tout en collant et en cap, aux muscles saillants et à l’anti-sudorifique à toutes épreuves. Des gens qui arrivent aux moments les plus graves, s’étant laissés savamment désirer, comme la cavalerie dans les westerns.

Il y a aussi les héros ordinaires, qui nous relèvent quand on a trébuché, quand ils n’ont pas tout simplement enlevé la pelure de banane avant qu’on y pose le pied. Des héros en t-shirt gris, en jeans sales, en bourrelets ou en calvitie. L’œil extérieur d’autrui n’y voit que de vulgaires n’importe qui, comme tout le monde ne voit que Clark Kent quand il n’est pas vêtu de sa cape. Ils n’ont rien d’hollywoodien, rien de vendeur, rien pour faire frémir les adolescents. Ils sont maladroits et oublieux, mais ils répondent présents quand on les appelle. Ils manquent leurs farces 2 fois sur 3, se contredisent souvent, sont inconséquents, et la porte fermée, il y a fort à parier qu’ils se foutent le doigt dans le nez. Ces gens ignorent qu’ils sauvent des vies, qu’ils ont sauvé la mienne quelques fois du moins.

Ces gens, ces amis, devraient parfois recevoir une médaille de bravoure, non pas pour avoir sauté du haut d’un ravin pour nous sortir des remous d’une rivière, mais bien parce qu’ils ont su rester assis près de nous quand nous ne savions plus de quoi ni de qui nous avions besoin.

Ces gens, je ne les échangerais pas contre n’importe quel super héro.

…Mais j’avoue qu’il y en a 2 ou 3 que j’aimerais bien voir en collant, pour rire.

Libellés :

Attention, je vous lis...

30 avril 2008
Je ne sais toujours pas quoi penser de cet autobus sur Mont-Royal dont l'afficheur avant montrait, un mot à la fois:

Go
Habs
Go
Désolé
Hors service

...

Libellés :

Prix littéraire des collégiens 2008 - seconde partie : Le Sainte-Angèle

24 avril 2008
Au «last call» au bar de l’hôtel, On s’est regardé tous les trois : il était hors de question que notre seule soirée ensemble s’évapore à une heure moins quart… Dany et moi, nous nous sommes tournés vers Isabelle, la seule d’entre nous susceptible de connaître suffisamment Québec pour nous éviter les attrappe-Ontariens.

Quelques minutes plus tard, on pénétrait dans un petit pub sans grande enseigne : le désormais mythique Sainte-Angèle! Notre arrivée doubla le nombre de clients dispersés autour des 4 tables de la place. Au centre, un bar en bois brut, élimé par de nombreux coudes. Le barman au sourire joyeux a cette oreille avenante éreintée aux peines d’amour, aux remodelages du monde et aux poésies douteuses. Il participait à la discussion, heureux d’être content, et à toutes les trois minutes, il disparaissait sous son bar sous notre regard intrigué. J’ai dû me lever pour m’apercevoir qu’il ne faisait que se pencher pour laver ses verres dans un évier pratiquement déposé sur le sol. Le premier plongeur de ce pub devait être Hobbit… Le genre de détails qui nous fait aimer la vie.

Comme Isabelle fraternisait depuis son entrée avec des inconnus bédéistes, Dany et moi en avons profité pour remplir nos phylactères de bière, de biberons et de pépines. Durant les silences, je scrutais les bouteilles du bar. Sur la tablette du haut, plusieurs bouteilles de scotch. Au centre d’elles, un Macallan. Dans mon cœur, la joie d’avoir trouvé un chez-moi à Québec.

Vers 2h45, deux demoiselles se sont assises au bar près de nous. Pas charmantes, pas moches, rien. Deux filles ordinaires, un brin pompettes et trop pomponnées, qui aimeraient bien rentrer avec un barman, et qui, en notre qualité de non-barman et de nobody, nous ignoraient royalement Dany et moi. Des filles comme il y en a partout, quoi.

Soudainement, l’une d’elles s’est retournée et a demandé au barman :
- Si je te montre un sein, tu m'offres un cognac?
On est resté bouche bée. Le barman, usé à ce genre d’inattendus, a simplement ri.
Et voilà la luronne de s’étirer le décolleté pour laisser respirer sa liberté d’expression, comme quoi la vie, même à 2h45 du matin, est pleine de rebondissements. Trois secondes plus tard, l’ordre des choses est rétabli et la douce retourne à sa bière. Pour Dany, qui devait commencer à voir double à ce moment, le spectacle était complet. Mais pas pour le barman.
- On peut voir les deux?
On ne peut lui en vouloir d’avoir tenté sa chance, mais Janet Jackson avait fini son spectacle et nous a sympathiquement refait dos, sans cognac. Sorré, the show is oveur, no rappel. Le lendemain, au salon de l’ivre, on en riait encore.

L’an prochain, pour sûr, on retournera boire au Sainte-Angèle, ne serait-ce que pour joyeusement se rappeler que cette année, on a bu à l'ombre du sein d'Angèle.

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Prix littéraire des collégiens 2008 - première partie : Le Palais des congrès

22 avril 2008
On est assis par groupe de cinq ou six au restaurant de l’hôtel. On discute livres, on lance des appréciations comme la plupart discutent hockey, on n’est pas toujours d’accord mais ce n’est pas nous qui allons donner le Prix littéraire des collégiens 2008 dans quelques heures. Je suis le seul du groupe à ne pas avoir de formation en littérature, alors je me charge du vin. Les débouchées de la linguistique me surprendront toujours.

Le serveur apporte notre (première) bouteille de vin, me la montre, je la regarde. Le serveur attend. Je le regarde, je la regarde, je la vois. Belle bouteille. En verre et tout. Bien. Qu’est-ce que je dois dire? Belle étiquette? Menfin, je hoche la tête. Ça semble le satisfaire. Le serveur tire le bouchon, puis me le tend. Beau bouchon. Il me verse quelques gouttes et prend la pose. La classe, je vous dis pas. Je goûte. Ouache! Ça sent le liège à pleines narines!

Mais là, en con, je fige à mon tour : suis-je devenu bourge au point de retourner les bouteilles au resto? Ai-je assez de finesse palatale pour distinguer le bon vin de la piquette? Est-ce que l’arôme de liège est ce qu’ils appellent «une touche boisée»? Dans le doute, je consulte le littéraire à ma gauche. Il goûte, il aime, je me tais. On verse.

Tout le long du repas, entre les critiques et les anecdotes, deux constats s’imposent. Le premier, surprenant, est que les profs de littérature, hors de leur département collégial, sont parfaitement fréquentables. Le deuxième, plus cruel, est que le vin dans ma coupe tient de l'imbuvable. Ma soif m’impose de le boire en apnée et chaque fois que j’y plonge, je regrette mon geste.

De l’autre côté de la table, mon amie Isabelle qui d’abord hésitait approuve maintenant: on aurait dû retourner la bouteille. Pourtant, on est les deux seuls à y percevoir la submersion de liège. Bientôt, je n’en peux plus et je commande une autre bouteille.

Quand nous plongeons dans cette seconde bouteille, j’inspire de bonheur! Que du boisée, des petits fruits, des champignons... Le sous-bois au complet quoi, mais sans le liège! Même mon voisin de gauche, qui buvait goulûment la première, en arrive à la même conclusion : on s’est délecté de bouchonné à trois fois son prix SAQ.

Morale de cette histoire : ne comptez pas sur la littérature pour vous permettre de bien jauger tous les plaisirs de la langue.

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Croisées tordues

16 avril 2008
Je pars demain matin pour Québec retrouver mes homologues collégiaux pour le Prix des collégiennes (les collégiens y sont habituellement minoritaires...) et faire une saucette au salon du livre vendredi après-midi avant de remonter à Montréal.

Le voyage est court et assez chargé, mais par simple curiosité, je me demandais qui d'entre vous je risquais de croiser à Québec. Il y aurait peut-être moyen de tordre les chemins un brin...

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Attention, je vous écoute...

12 avril 2008
Il y a quelques semaines, je marchais tranquillement sur Mont-Royal en suivant deux hommes, sans trop m'en rendre compte. En passant devant le sanctuaire du Saint-Sacrement près du métro Mont-Royal, un des hommes, pour meubler leur silence, lit lentement à voix haute un petit écriteau près de l'escalier du sanctuaire:
- Attention, chute de glace.
Son compagnon, sort soudainement de ses pensées et montre un réel intérêt:
- Hon! Ça doit être beau, ça, une chute de glace!

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Ciao Charlie!

6 avril 2008
Charlton Heston est décédé aujourd'hui.

Ce militant de droite, ex-président de la NRA (National Rifle Association) qui défendait le droit de posséder des armes à feu, a déjà lancé lors d'un discours que la seule façon qu'on pourrait lui enlever son arme, ce serait de lui prendre «from my cold dead hands»!

Je crois que c'est le temps.

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Un Peu de Maghreb dans ma maison

4 avril 2008
Il y a quelques jours, comme souvent, ma fille est allée au parc avec la garderie, ce petit groupe singulier composé de grand-maman Dunda, qui trouve l’hiver affreusement long (il faut dire que son Maghreb natal ne l’a pas habituée à autant de neige), de son petit-fils Imrane, de Chaïd, de Salim et de ma fille. Bien qu’ils soient tous «made in Québec», Romane est la seule petite tête blonde de la bande et de surcroît la seule fille, ce qui lui confère le titre de princesse précieuse, fonction dont elle use (et abuse).

Bien sûr, à la garderie, tout se passe en français. Il arrive bien que Dunda et son petit-fils se parlent entre eux en arabe, mais sans plus (d’ailleurs la garderie va bientôt faire de petites activités linguistiques en arabe! J’ai hâte!)

Toujours est-il qu’ils sont au parc. Ça glisse dans les toboggans, ça grimpe dans les jeux, ça morve dans les mitaines. Après quelque temps, le petit Imrane demande en arabe à sa grand-maman de rentrer à la maison. Et ma fille d’aussitôt supplier Dunda en français:
- Non, pas mai’on, ‘este pa’c!
Je traduis pour les non-parents parmi vous : Non, je ne tiens pas à rentrer de ce pas, j’insiste pour qu’on reste ici à s’amuser un bon coup, d’ailleurs Salim à la langue collée sur un poteau.

En un mot comme en cent : ma fille comprend l’arabe!

Comme tous les parents, depuis la naissance de Romane, j’essaie de m’imaginer avec ce curieux mélange de hâte et d’appréhension quand est-ce que l’étendue du savoir de ma progéniture dépassera le mien.

Je n’avais pas prévu que cela arriverait à l’âge de 23 mois…

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Histoire de tuyauterie

26 mars 2008
Il était 8h30, on était trois hommes dans le corridor vert-malade de l’hôpital devant une porte fermée. Sur cette porte, un mot terrifiant : Spermogramme. Aux regards rivés au plancher, il était facile de comprendre que tous avaient hâte de partir. Mais avant de partir, il fallait venir.

Nul ne fraternisait avec son voisin sinon silencieusement. On ne savait que trop bien ce que chacun venait faire ici, et on évitait de trop y penser. Quand la poignée de la porte a tourné, on a tous retenu notre souffle. Une personne s’est présentée dans le cadre de la porte. Je dis une personne car il était impossible de savoir si c’était un homme ou une femme qui se tenait debout dans ce sarreau trop grand. Les yeux disaient femme, les cheveux disaient homme, la voix ne disait rien, le porte-nom, pour nous éclairer, disait Claude Labri. Claude. Pourquoi pas Alex ou Fred tant qu’à y être?

La personne m’a pointé d’interrogation du bout de son crayon : suivant? Je me suis demandé ce que le premier pouvait bien suivre mais je me suis contenté de me lever, obéissant, et en m’approchant, j’ai récité mon nom comme un enfant coupable. Claude m’a donné un pot transparent grand comme une chaudière et m’a dirigé vers la première porte à droite dans le prochain corridor à gauche.

J’ai marché d’un pas faussement assuré, m’imaginant déjà dans un cubicule impersonnel entouré de quelques revues usées. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver dans une simple toilette publique tout juste assez grande pour s’y tenir debout. Pour toute inspiration, un lavabo et une cuvette. Pas même un catalogue Sears. Comme je ne suis pas du genre à m’extasier dans la section plomberie de la quincaillerie du coin, et que le souvenir de Claude dans son sarreau ne m’aidait en rien, je savais que les prochaines minutes passeraient mollement…

Une éternité plus tard, j’ai remis à Claude une quantité incroyablement insignifiante d’effort imaginatif au fond de mon bocal. La personne a pris le contenant et, pointant du menton la toilette publique où s’évertuait maintenant un de mes silencieux confrères de tout à l’heure, elle m’a dit, entre empathie et amusement : Terrible, hein?

Ne désirant aucunement parler de quelque robinetterie que ce soit avec Claude, je choisis la fuite.

J’avouerai cependant que depuis ce jour, quand je m’ennuie, j’ai tendance à aller flatter la porcelaine blanche de ma salle de bain…

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Attention, je vous écoute...

24 mars 2008
«Si j'étais un pénis, je serais un pénis mou.»
Diane Lebel


Vous vous dites que remise en contexte, cette citation a sûrement du sens.
Détrompez-vous... On le cherche encore.
Si quelqu'un y comprend quelque chose, prière de m'en faire part.

P.-S. Pauvre Diane. Allez lui remonter le moral un brin...

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Médailles

19 mars 2008
Ce n’est un secret pour personne :
les médailles des soldats sont maculées de plus de sang qu’on ne l’imagine, et sont le fruit d’intérêts plus financiers qu’idéologiques.

Cet été, en Chine, plus rien ne distinguera les médailles militaires de celles des athlètes, sinon que le soldat aura fermé un œil pour bien viser. Nous, les deux.

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On n'est jamais aussi bien servi que par les autres

13 mars 2008
Je viens d'apprendre l'existence de ce livre:
L'Amérique pauvre de Barbara Ehrenreich.

Je résume: l'auteur et journaliste a décidé de se mettre dans la peau d'une femme qui, sans diplôme et sans le sou, doit se débrouiller pour réussir, voire survivre. Pour ce faire, elle n'a droit à aucune aide extérieure et, on le devine, devra se taper une panoplie de jobines au salaire minimum. Durée: 2 ans. Fin du résumé.
On imagine bien les conclusions...

* soupir *

Vous vous souvenez de ce reportage choc du Journal de Montréal écrit par un Blanc qui s'était déguisé (brillamment maquillé, il faut dire) en Noir et avait ensuite cherché un logement et du boulot à Montréal...

* re-soupir *

Et cet autre, quelque temps auparavant, où un homme s'était déguisé en femme puis avait visité des bars, etc.

* re-re-soupir - j'hyperventile d'exaspération*

Qu'est-ce qu'ils ont les pauvres, les Noirs, les femmes? On ne pouvait pas demander leur avis sur la question? Leurs témoignages n'étaient pas crédibles? Ces «enquêtes» ont-elles révélé quelques trucs que ce soit que les premiers concernés ne nous avaient déjà dit 100 fois?

Au delà des constats troublants et choquants de ces «enquêtes», la façon même que ces «enquêtes» sont menées en dit long sur nous: un pauvre dit que la société est injuste, bof. Mais si un riche qui essaie de vivre comme un pauvre dit que la société est injuste, alors là... Un Noir dit qu'on est raciste? Il est trop sensible. Mais un Blanc déguisé en Noir l'écrit dans le journal, alors là... La femme victime de harcèlement est une geignarde, mais un homme habillé en femme victime de harcèlement est objectif...
En un mot comme en 100: Ta gueule le Noir, un Blanc dit qu'on est pas gentil envers toi. Tu vois bien qu'on a ton bien-être à coeur...

Morale à retenir: on s'intéresse au sort des pauvres, des Noirs et des femmes. En autant que l'exposé soit fait par leurs oppresseurs.

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McIntosh, Adieu... Non, Au revoir!

9 mars 2008
Depuis les premiers disques – des 33 tours de Disney petits comme des 45 tours qui m’obligeaient à tourner la page au son de la clochette – à mes téléchargements iTunes, en passant par mon premier 45 tours acheté avec mon argent (de) poche (Desire, de Roni Griffith), j'ai consacré beaucoup, beaucoup d'argent à la musique.

Bien qu'au fil des déménagements j'aie perdu de nombreux disques (pour la plupart des 12 pouces qui n'intéresseraient que les DJ ayant oeuvré en 1985), il me reste une quantité appréciable de vinyles, de cassettes et de CD que je traine encore avec moi au grand dam de ma Dame V.

Mais en plus de 35 ans, je ne me suis jamais acheté de système de son, si ce n'est cette micro-chaîne déjà brisée que j'ai eue d'une amie s'apprêtant à émigrer, monstre en plastique noir qui hante mon salon depuis plus de 15 ans maintenant, même si le lecteur cassette ne fonctionne plus, à l'instar du lecteur cd et du haut-parleur droit.

J'entends votre questionnement d'ici: Mais pourquoi, Ô grand et beau blogueur mélomane, n'as-tu jamais investi dans une chaîne digne de ce nom?
Eh bien, justement, c'est qu'à mes yeux, peu de chaînes étaient dignes de ce nom. Je voulais du McIntosh ou rien. Même TEAC et NAD n'avaient pas la cote. Mais je n'ai jamais eu les moyens pour un système de 10000$...

Jamais acheté de système de son, donc. Jusqu'à hier où j'ai abdiqué après des années de résistance.
Sur un coup de tête, j'ai sorti la carte de crédit pour... une micro-chaîne Sony.

Oui mesdames messieurs, j'ai attendu 38 ans pour acheter une micro-chaîne de 200$!

Ça sonne la merde, je vous dis pas.

Mais comment vous dire combien l'ado en moi est heureux?! Comme libéré, épanoui.

Allez, je cours mettre mon t-shirt des Hives sur lequel un dessin simule un veston-cravate (devinez si Dame V l'adore...), et je vais trasher un bon coup au son des Ramones en mangeant un Diner Kraft.

On dira ce qu'on voudra, mais ma crise de la quarantaine coûte quand même moins cher qu'une décapotable avec à son bord une nymphette de 19 ans...

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Attention, je vous écoute...

7 mars 2008
Paroles de jeunes entendues à la radio hier soir.

«Quand mon grand-père était saoul, il avait besoin de deux de mes oncles pour rentrer chez lui: un sur chaque épaule.»

Quand le grand-père part, on sort le fort!



«Mon amie et moi, on était en chicane; quand on se croisait dans le corridor, on faisait semblant de ne pas se parler.»

Présentement, moi, je fais semblant de ne pas écrire.

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Chroniques du nouveau logement

4 mars 2008
Déjà presque trois mois que nous habitons notre nouvel appart, Dame V, Belette et moi. On n’a pas changé de quartier, on a migré un coin de rue à l’est, autant au nord.

Le présent appart est immense. Il y a des pièces où je ne vais pas pendant des jours, c’est pour dire. On a une cour côté soleil (d’ailleurs, si quelqu’un connaît une variété de carottes qui poussent dans le ciment, ce serait gentil de nous en faire part; on a toujours rêvé d’un jardin), des fenêtres dans chaque chmbre, des planchers qui ne craquent pas, une vue sur le stationnement vide d'un ancien concessionnaire de voitures, un sous-sol avec tapis beige tirant sur le gris, couleur paravent de fonctionnaire (Ennui séché, selon le coloriste chez Sico), menfin, vous visualisez sûrement.

Toujours est-il que dans ce nouvel appart dont la grandeur n’a d’égal que la splendeur du chiffre au bas de la facture d’électricité qui l’accompagne, tout semble parfait. Tout? Que nenni.

On se retrouve au centre d’une caisse de résonance au-dessus de laquelle habite la caricature de l’image que se font tous les habitants hors plateau des habitants du plateau : jeune trentenaire, pulpeuse célibataire bronzée même en hiver, travailleuse autonome à la vie nocturne remplie de musique rythmée et de conquêtes de fin de soirée aussi allegro con fuoco qu’éphémères con subito ciao. Ce n’est pas que je suis contre ce mode de vie, j’y ai goûté et bon, comme disent les branchés-blasés, binnedère donnedate got de gaminet, mais son horaire est plutôt incompatible avec le biorythme d’un enfant de près de deux ans.

Et pour nous dire de se taire, qui frappe sur le plancher à 9h le samedi matin après nous avoir tenu en éveil jusqu’à 4h la veille?
Soupir…

Je n’aurais jamais cru dire cela un jour, mais Bungalow de Laval, viens à notre secours!

D’ici la banlieue, on se rabat sur la négociation et l’espoir que le gros bon sens ait traversé la rue Papineau sans se faire écraser. Depuis quelques jours, mon travail de négociateur semble porter fruit, mais j’ai le Claude Poirier fatigué.

Vite ma fille, dépêche-toi de devenir adolescente qu’on se venge…

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Attention, je vous écoute...

28 février 2008
«C'est comme un gym ordinaire: tu peux lever des affaires ou courir en rond sur un bicycle...»
Daniel Gosselin

Bienvenue au Gym du Soleil!

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Attention, je vous écoute...

26 février 2008
Parlant des paroliers au Québec:

«Il n'y en a pas beaucoup qui peuvent vivre de ça; on peut les compter sur la poignée d'une main.»
Daniel Gosselin

...Je dirais que ça dépend de la serrure des poings.

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Parce que le film et la chanson restent longtemps dans la tête...

21 février 2008
...pourquoi ne pas y ajouter le clip.

[Edit 26 février] J'ai enlevé la vidéo du blogue parce qu'elle commençait automatiquement et que je ne savais comment faire pour qu'il en soit autrement. Je laisse cependant le lien pour pouvoir la visionner.


M'Accrocher


Loco Locass. M'Accrocher. Chanson du générique de fin du film Tout est parfait.

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Une, juste une...

Si les Québécois avaient une, seulement une des couilles qu'ont les Kosovars...

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Les Objets préférés

19 février 2008
Étrange la relation que l’homme entretient avec ses objets préférés. Il peut aisément mesurer son âge à la distance qu’il y a entre eux et son lit.

Enfant, ces objets sont à ses côtés, dans son lit. Puis, à mesure que l’adolescence approche, ils se glissent sur la table de chevet ou dans une petite bibliothèque de sa chambre.

Jeune adulte, à l’heure des premiers appartements partagés entre amis, ses objets préférés envahissent le nouveau nid : dessus d’armoire de cuisine, bibliothèque du salon, tablettes de la salle de bain. Ils seront partout.

Ils quitteront définitivement la chambre à coucher quand arrive la vie à deux; l’être aimé y fera le ménage, et ce n’est qu’une question de temps pour que ce nettoyage s’étende au reste de l’appartement. Ainsi, l’âge d’or des objets préférés s’éteint lentement mais sûrement, et ces derniers finiront au sous-sol, voire dans une boîte dans le garage, entre les contenants de peinture à moitié vides et une chaise de parterre défoncée. C’est à ce moment que l’homme sait qu’il est époux, père, comprendre un adulte.

Cependant, ce dernier ne perd rien à attendre leur retour, car ils reviendront près de lui un jour. Au moment du grand départ, gageons qu’un geste délicat rapportera sur sa table de chevet un objet longtemps aimé qu’il croyait à tort avoir oublié.

Et c’est dans le dernier lit que les objets préférés retrouvent les bras qui les ont serrés, les paumes qui les ont caressés, il y a de cela toute une vie.

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Tout est Parfait

15 février 2008


Tout y est. Les rues larges, les maisons sales, les plafonds bas. À l’extérieur, ce bruit constant de la carrière tout près, de cette carrière qui ronge la roche, le paysage, la population. À l’intérieur, il y a un trou plus grand encore où les cris n’ont pas d’écho.

Dans ce film, il y a des ados, des vrais. C’est ce qui frappe. Exit les pubères proprets que nous sert trop souvent le cinéma. Et si ce n’est pas les relents de votre adolescence qui vous feront pleurer, c’est ceux, prochains ou présents, de votre enfant qui s’en chargeront.

Dans ce film, Guillaume Vigneault ne donne pas de réponses parce qu’il n’y en a pas. On regarde la douleur dans les yeux et l’on voit des victimes et des victimes de victimes. On pleure seul, on pleure ceux qui sont partis, on pleure avec ceux qui restent avec l’impuissance en lieu de réconfort.

On se félicitera seulement d’avoir eu, un jour, le réflexe d’agripper le garde-fou au moment du déséquilibre.

Bravo Guillaume.

P.-S. T’aurais quand même pu donner mon nom à un personnage plus charismatique… ;)

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Salut Henri!

13 février 2008
Une vie comme son rire:
en éclats!



On ne peut s'empêcher de sourire quand on pense à lui!

Salut Henri!

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Attention, je vous écoute...

11 février 2008
«J'aime ça, étendre le linge sur la sécheuse...»
Dame V.

Je préfère ne pas m'étendre sur le sujet.
(Menfin si... J'me comprends.)

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Jean dit... Freeze!

8 février 2008
Je ne veux pas faire concurrence à Dominic Arpin, mais bon. une fois n'est pas coutume.

Ils étaient plus de 200. Ils ont pris soin de bien synchroniser leurs montres puis ont envahi le Grand Central Station de New York par diverses entrées. Puis paf! Ils ont gelé au milieu des passants! Après 5 minutes d'immobilité, ils ont tous recommencé à bouger en même temps. L'effet est incroyable sur vidéo. J'imagine sur place...

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Bleus

4 février 2008
Je devais avoir seize ou dix-sept ans quand je rencontrai mes bleus pour la première fois. Je ne me souviens pas des circonstances exactes de cette rencontre, mais cet immense vide m’aspire depuis. J’appris alors à fuir. Sans grande ardeur, au début. Les bleus me rattrapèrent souvent, me faisant chaque fois trébucher. Puis, peu à peu, je pris le rythme, j’établis la cadence nécessaire pour ne plus avoir à les affronter. Ainsi, pour enjamber les marées basses, j’appris à faire de grands pas.

Je fuis d’abord dans ma tête; je m’instruisis, je me coinçai au creux de livres qui sentaient l’humidité. Je pris des cours de statistiques, de comptabilité et de marketing. Je décrochai des diplômes prestigieux pour les accrocher au mur d’une tout aussi prestigieuse entreprise. Mais très vite, ce ne fut plus assez. Les bleus me regagnèrent. Alors je m’ingéniai à aller plus loin devant la virgule, à cultiver l’argent. Je roulai des gens pour rouler sur l’or. J’achetais peu, vendais beaucoup, rachetais plus et revendais énormément. Je profitais scandaleusement. Je fis la une du Monde des affaires, du Times, du Fortune. Mais j’avais besoin de plus. Je mariai un mannequin qui produisait des pensées légères et une ombre très fine. Je ne m’achetai que des douze cylindres, je ne bus rien de moins de cinquante ans, je pariai la chemise des autres sur des parcours de golf au coeur de déserts. L’argent allait et venait entre mes riens. Mais, au moindre moment d’arrêt, au moindre souffle que je reprenais, un peu de bleu ressortait sous la dorure. Alors, je partis.

Je quittai tout et tous. Je me laissai pousser la barbe. Je me tatouai le bras gauche du visage du Che. Je perdis tranquillement argent, cheveux et kilos. Mais je gagnai des causes. Je participai à des manifestations contre le virage à droite politique, la peine de mort et le fast-food, contre l’avortement, les tondeuses à gazon, les OGM et les mannequins des catalogues Sears, contre ceux qui étaient contre ce pour quoi j’étais pour. Je fus emprisonné à Seattle, poivré à Vancouver, gazé à Québec. Je me battis aux côtés des pauvres et des barbus, des sales et des poilus, des Amérindiens et des femmes battues. Je me débattis contre les gouvernements et leurs policiers, contre ce que j’avais été et ce que je serais devenu s’il n’avait pas eu ces bleus pour m’obliger à bouger. Mais, malgré les causes, malgré les coups, ce n’était pas assez. Jamais assez. Je devins macrobiote, mangeai yin, bus yang, méditai en lotus et me parfumai au patchouli. Puis je rencontrai Maude.

Pour elle, je laissai tout en plan. Avec elle, je quittai le temps pour en avoir, nous nous trouvâmes un voilier pour voguer sur notre vague, pour faire un tour du monde qui s’arrêta aux Açores. C’était assez loin pour me sentir présent. Je lui fis l’amour sans compter, sans remords, ensuite sans effort et finalement sans amour. Puis, je cessai de lui faire l’amour et je lui fis un enfant. Mais malgré les premiers pas, malgré les premiers mots, malgré les bouffées de bonheur et les rires abandonnés, tout cela n’était pas assez. Jamais assez. Et comme un salaud, comme le soleil, comme bien des hommes et beaucoup trop de femmes, je partis avec pour seule bataille, la retraite.

Je revins dans le quartier de mon enfance, au nord, à la surface d’une taverne, au fond d’un verre de bière, lavé, le regard à spin, la tête javellisée. Je descendis bas, jusqu’en enfer, jusqu’à Dieu. Jusqu’au AA. Puis je crus. Fort. Pour mon pardon, pour mon salut.

Puis un matin, ce matin, les bleus se levèrent avec moi. Je ne tentai ni de les enjamber, ni de les cacher sous une couche dorée, ni de leur faire pousser une barbe ou de les glisser sous des rires d’enfants sur une plage des Açores. Je savais tout cela vain. Alors, ce matin, je me couchai où j’étais, moi qui étais allé partout. Je me couchai sur le flanc, épuisé, vidé. Comme la bouteille de somnifères sur ma table de chevet.

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To-yota!

31 janvier 2008
Je ne me souviens plus si je vous l'avais raconté, mais par le passé (lire il y a plus de 15 ans!) j'ai réalisé (hum!) des vidéos pour l'émission Mordus de la vidéo, l'équivalent français du Droles de vidéos québécois et du America's Home Funniest Videos états-uniens. En gros, j'étais payé des pinottes pour créer des vidéos drôles qui devaient avoir l'air amateur.

Le bonheur comme travail d'étudiant!

Mais bon, mes vidéos (où j'étais parfois l'acteur principal!) ont été vendues ici et là, et on m'a vu en France, aux «States», et même en Afrique du Sud (comme le prouve cette publicité de Toyota)!
Dire qu'à l'époque, j'avais vendu mes droits pour 1$...

Je vous laisse deviner où je suis. Je vous préviens, j'ai le look de l'époque et un bâton de golf à la main...

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Microbes

28 janvier 2008
J’ai entendu quelque chose frapper la fenêtre de la cuisine. C’était un chardonneret. La couleur de son plumage tranchait sur celle de la galerie. Il gisait là, assommé par son illusion. Le ciel se confond souvent avec son reflet dans une fenêtre trop propre et on s’y frappe tous un jour ou l’autre. Depuis que j’avais acheté ce chalet avec Ariane, j’ai vu des dizaines d’oiseaux en faire autant. Chaque fois, ils en ont pour quelques secondes puis ils se réveillent, semblent se demander où ils sont, ce qu’il s’est passé. Ils recouvrent leurs esprits et repartent. Ce chardonneret en fera autant, mais par pitié, je suis sorti pour le mettre dans un endroit où il pourrait prendre tout son temps pour se réveiller sans d’abord servir de lunch à une bête aux dents pointues. En le soulevant, j’ai réalisé que c’était peine perdue. Le choc lui avait rompu le cou. Il avait laissé quelques gouttes de sang par terre. Une ou deux. Pas plus. Parfois, c’est suffisant pour mourir. J’ai soupiré.
Je me suis trouvé un peu ridicule de vouloir enterrer ce petit oiseau, mais je ne pouvais me résoudre à l’abandonner dans les bois ou dans le sac à ordures avec des restants de poulet.
Je n’ai pas eu le temps d’aller chercher une pelle. La sonnerie du téléphone a retenti. Après cinq coups, j’ai cédé. J’ai répondu en tenant le défunt et ses poux par une patte.
- Tu en as mis du temps à répondre! T’étais au lac?
C’était Ariane. Nous ne nous étions à peu près pas parlé depuis notre rupture, il y a un mois.
- Ça va très bien, merci. Et toi?
- Euh... Oui… Menfin… Écoute Pat, je sais que ce n’est pas super délicat de ma part, mais j’aimerais aller au chalet cette fin de semaine et je me demandais si...
- Avec Chose?
- Euh... Oui, avec Jim. Il s’appelle Jim.
- Non, il s’appelle James. Jim, c’est le diminutif. Et pour moi, Jim, ce n’est pas encore assez diminué, alors je l’appelle Chose...
Je pourrais aussi l’appeler Microbe, Cellule, Électron...
- Bon... Ouais, avec James. On sera là vendredi soir.
- Mais tu as toujours détesté cet endroit!
Quand je pense à toutes les stratégies que j’avais utilisées pour la convaincre d’acheter ce chalet pour ensuite y aller toujours seul. Je m’étais fait à l’idée. Maintenant que nous étions séparés, je pensais racheter ma part à Ariane. Ce chalet ne me revenait-il pas de facto?...
- Oui, mais là, je veux y aller. Ça serait mieux si tu n’y étais pas...
- Ça, je l’avais compris. De toute manière, notre chalet a commencé à tuer des oiseaux.
- Qu’est-ce que tu racontes?
- Rien, rien. Est-ce qu’il y a d’autres endroits d’où tu vas me chasser ou c’est le dernier?
- Pat...
- Bye.
J’ai raccroché. C’est fou le silence après la mort d’un oiseau. Je suis sorti et j’ai ouvert le caisson du BBQ au gaz. J’ai glissé mon cadavre à poux sous les briquettes. Microbe était sûrement du genre à se faire un BBQ quand il allait dans les bois.

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Adulte ère

22 janvier 2008
Nouvelle session. Nouvel horaire. Nouveaux visages.
Dans mon antre professoral, les nouveaux collègues foisonnent, les plus vieux prennent leur retraite.
Moi, je suis au centre de tout cela. Je vieillis. Malgré mon t-shirt, mes blagues ont des pattes d’oie et mes cours ne bougent plus assez vite pour cette génération Iphone pour qui mon adolescence résonne en mono à un rythme qui Smells Like Dad Spirit. Ça baille, un brin amusé, en entendant leur prof demander que les travaux soient «dactylographiés».

Quand je rentrerai ce soir, je mettrai un disque de Northen Pikes sur mon lecteur de vinyles pour me rassurer.
I’m a Adult Now.

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Gueault Habs Gueault!

18 janvier 2008

Vous aimer le mangeable et le boivable pendant un partie du hockey? Achèter la glace de ton favorite équipée! En plus, ils sons collectables! Alors collecte tous les pendant que c'est disponibilisé!

Attention: Ils sons potables. Onna pas disé digestables...

En vente chez les pharm-escrocs Gens Couteux.

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Où est-ce que j'ai mis mon flingue?

11 janvier 2008
On roule à la queue-leu-leu. L’autoroute 20 à l’air d’un stationnement tant dense est la circulation, si ce n’est qu’elle se meut à 100 kilomètres/heure. Malgré la densité, Cheap Trick joue à la radio, la petite dort derrière, la grande compte les poteaux, le réservoir est plein et les tracas se font de plus en plus petits dans le rétroviseur, même si on m’avertit qu’ils sont «closer than they appear». En cet après-midi de janvier, tout va comme les choses doivent aller.

Puis des phares sortis de je ne sais où apparaissent derrière nous. Quand je dis derrière, je veux dire à trois millimètres du pare-choc! J’ai beau faire le tour des rétroviseurs, aucun ne suffit pour montrer le véhicule en entier tant ce dernier nous lèche. J’ai l’impression d’être une gazelle qui sent le souffle du lion dans son cou, sauf qu’ici, le félin est un 4X4 soufflé en usine pour avoir l’air méchant. À voir la peinture briller, je soupçonne le conducteur d’être un petit fru qui passe ses temps libres à bouger du métal au gym et à nettoyer son entrée de cour à grands jets d’eau. Le genre à porter son chandail bien entré dans le pantalon. Le genre propre propre propre. Le genre à vous coller aux fesses sur l’autoroute quand il veut passer.

Plus jeune, j’effleurais la pédale de frein pour donner une bonne frousse à ces connards. Mais la prudence et la paternité m’ont enseigné à feindre l’ignorance, à mettre les clignotants de secours quelques coups quand je m’impatiente, et quand je sens la colère se gonfler, je ralentis. J’avoue parfois faire des gestes du doigt, mais en plus de ne rien changer aux choses si ce n’est que de les envenimer, l’âge de ma fille ne me permet déjà plus de faire ce genre de trucs.

Entre mes dents, je le traite de connard en me disant qu’il doit bien voir qu’il y a 234 voitures devant et que même si je le laisse passer, ce sera pour lui permettre de gagner au mieux dix mètres… Malgré cela, il continue à me chatouiller l’échappement. Aux quinze secondes, il ralentit un brin, laisse de l’air entre nous, puis, quand je me dis qu’il a compris, il revient à la charge en accélérant comme un dingue pour se recoller à notre tôle. J’ai beau sonder ma mémoire, non, je n’ai pas caché de flingue nulle part. Il y a des années de prison que je serais pourtant prêt à assumer.

Je tente alors de me raisonner, de me convaincre de me faufiler dans la voie de droite afin de le laisser passer, qu’avec un peu de chance, je le verrai glisser dans le fossé et faire quelques tonneaux. Mais avant que je ne réussisse ma sage manœuvre, je le vois prendre son élan et entreprendre de me doubler par la droite. Je me dis que ça y est, il a disjoncté : il y a tant de voitures à ma droite qu’il va rouler sur une ou deux pour dépasser. Et il coupe deux voies, va directement sur l’accotement de droite, double quatre voitures et revient tout aussi rapidement dans la voie de gauche! Un malade. Je suis sûr qu’il a éjaculé pendant la manœuvre, le con.

Dans un film, il aurait fait une embardée, se serait fait coller par les flics ou son moteur aurait calé. Mais j’ai la fâcheuse tendance à rouler dans la réalité et il n’est rien arrivé de tout cela. Il a continué de rouler deux voitures devant à la même vitesse que moi, et il a croisé la bretelle de sortie de Saint-Hyacinthe avec huit secondes d’avance sur moi.
B-ra-vo.

Il n’y a pas de conclusion ni de morale à cette histoire. C’est le genre de truc qui arrive à tout le monde. Mais si jamais un soir dans quelques années ma fille rentre avec les mains de ce genre de mecs sous son chandail, il y a des chances que je retrouve mon flingue…

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Aphorisme

7 janvier 2008
Nous nous rendons compte que notre parole est d'argent quand elle perd du crédit et que personne n'y porte plus intérêt.

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Michel Vaillant

5 janvier 2008
Dans la vie de tout homme, il y a des balises, des points de repère essentiels malgré qu’ils soient devenus désuets avec l’âge. Je garde avec une jalousie maladive ma collection de bouteilles de bière, mon roman de Goldorak (oui, oui, roman! Fort mauvais, mais je le garde pareil!) et mes bédés de Michel Vaillant. Dame V pourrait allonger cette liste sur quelques pages.

Il y a aussi des idées ridiculement adolescentes que les hommes gardent précieusement dans le sous-sol de leur cerveau en évitant de se poser trop de questions, question de garder quelques certitudes dans ce vieillissement qui rend tout gris : le dance, c’est poche; il n’y a pas d’occasion qui interdit le port du jean; et la télé satellito-câblée, c’est gaspiller son argent.

Mon nouveau chez-moi offre un avantage incroyable : un sous-sol pour mes relents d’adolescence. Mais il présente également un grave défaut : la réception télé y est horrible.

Je me suis raisonné et j’ai appelé Vidéopressvu. Ce matin, Miguel et Pedro, en plus de saloper l’appart, sont venus me taquer un fil jusqu’à la télé.

À leur départ, j’avais une réception sans reproches. Et c’est l’adolescence esquintée que j’ai scruté le signal. Heureusement, en bas de l’escalier, j’entendais toujours le moteur de Michel Vaillant…

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Attention, je vous lis...

30 décembre 2007
«[...] j'en ai ras le bol des donneurs de leçons [...]»
Richard Martineau
Journal de Montréal du 20 décembre 2007

Ça doit être plate, s'écoeurer soi-même...

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Un Cadeau pour Sophie

29 décembre 2007
Merde. Pourquoi je n’attire que ce genre d’hommes? J’en ai assez de ses remarques idiotes, de ses oeillades gluantes, de sa langue qui lèche ses lèvres. Au début, ses remarques m’agaçaient peu. Je me disais que c’était quand même moins pire que de travailler chez un concessionnaire automobile. Mais avec le temps, la vente de voitures usagées gagnait du gallon.

Pourtant, je ne suis pas laide ni idiote. D’accord, je ne suis pas ingénieure mannequin bio-médicale, mais bon. Je ne suis pas grosse, pas maigre, je n’ai plus vingt ans mais je tiens la forme, je n’ai pas d’enfants, pas de dettes, pas de gros problèmes. Il est peut-être là le hic!: je n’ai rien, je ne suis rien. Dans un sens, c’est plus facile que de savoir ce que l’on est... Je sais ce que je veux cependant: un chum, des enfants, une famille… Et un char, une hypothèque en campagne, un BBQ, des fins de semaine en auberge, des soirées à deux devant un film plate, des renflements suivis de ronflements... Je veux me sentir vivre, merde! On dit qu’au début de la trentaine, les femmes sont à l’apogée de leur sexualité! J’exige d’en profiter!

Pour me faire sauter, je peux me débrouiller sans trop de problèmes. Mais la tendresse? Me faire bercer au petit matin? Me faire glisser des mots doux à l’oreille APRÈS la baise et non devant une bière à trois heures moins quart du matin? Sentir autre chose qu’un parfum simili Calvin Klein Dollorama et du fond de tonne sur le corps d’un homme? J’aimerais ça moi aussi me plaindre à mes copines que mon mâle met trop souvent des bas blancs. Et que ces bas blancs ne vont pas dans la même brassée que ses jeans. JE VEUX UN HOMME! Un vrai! Qui oublie de baisser le siège de toilette quand il n’a pas tout simplement oublié de le relever...
Mais l’amour me boude et ma vie sexuelle se résume depuis longtemps aux allusions perverses de Decon. Je les tolère parce qu’elles viennent avec la job. Un avantage verginal que j’ai bien tort de rejeter du revers de la main selon mon amie Sophie. D’accord, il a un minimum d’allure, ce Decon. La jeune quarantaine, un visage régulier, des yeux un brin vifs, le cheveu pas trop rare, pas d’embonpoint. Rien pour faire la une de GQ mais rien de repoussant. Il fait cependant un peu trop attention à lui à mon goût: vêtements griffés, chaussures brillantes, teint de salon de bronzage. Il se l’aime, à ne pas en douter. Le genre à se masturber devant un miroir. Plastiquement et platement sans défaut. Pas d’imperfections auxquelles s’agripper. Son seul attribut qui me fait fondre: ses mains! Des mains lourdes et légères, sans trop de poils, sans alliance. Des mains à réconfort les jours de pluie, des mains à faire ramollir la plus frigide, des mains à faire jaillir des sources au milieu des pires déserts. Mais aucun royaume n’est né de deux mains seules, surtout quand celles-ci sont accompagnées d’une bouche qui ne devrait pas s’ouvrir... Il devrait y avoir une loi contre ce genre de mauvaise filiation.

Sophie ne cesse de me répéter d’en profiter, de ne prendre que le meilleur et de me sauver avec. Il ne suffirait que d’occuper la bouche pour ne pas qu’elle anone. Moi, je serais incapable de ne pas gifler.

***

Ce matin, Decon a mis les bouchées doubles. Les cuisses de sauterelles ont succédé aux poitrines de poulette. Les compliments pleuvaient grassement. Comme à l’habitude, je maudissais sans mot dire. Il devait croire que mes joues rouges reflétaient une pudeur froissée, cet imbécile. Il finit par finir, non sans me glisser à l’oreille «Si t’es pas sage, le père nouelle aura des cadeaux pour toi…» Clin d’oeil, chick chick dans la joue, regard de ouaouaron. Au-se-cours! Je n’en peux plus. Il faut que ça cesse, quitte à perdre mon emploi. Il faut que je trouve les mots justes, la phrase qui l’obligerait à arrêter, la réplique qui le laisserait coi.
Vers les seize heures, il s’est enfermé dans son bureau pour faire quelques appels. Sûrement pour prendre un rendez-vous chez l’esthéticienne. C’était le moment d’intervenir. L’école était pratiquement déserte. Personne pour nous entendre. On aura toute la place pour s’envoyer paître. J’espérais seulement trouver les mots qui lui cloueraient le bec.

J’ai frappé trois coups secs, trois coups cliché, sans imagination, à son niveau. Trois coups au centre de la porte, juste au dessous de la petite plaque bleue sur laquelle était inscrit Christian Decon, directeur. Et je suis entrée, sans attendre une réponse.

La tête un peu inclinée, le regard planté dans le sien, j’ai refermé la porte avec mon corps, sans délicatesse, sans rudesse. La porte a confirmé sa fermeture par un clic sec. Puis j’ai dit à Decon:
- Je voulais vous dire, monsieur le directeur : c’est bientôt Noël et je ne serai pas sage...

C’est Sophie qui sera contente.

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Attention, je vous écoute...

25 décembre 2007
Au lit, alors qu'elle soupire parce qu'elle ne peut s'endormir:
«J'haïs ça: je ne sais plus où mettre mes yeux...»
Dame V.

(Moi, je les mets toujours au même endroit, ne serait-ce que pour ne pas les chercher le matin venu...)

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Les Ex

22 décembre 2007
- Ça y est, j’ai écrit une lettre d’adieu à mon ex.
Sans lâcher des yeux le verre qu’il remplissait de bière sous la pompe, Alex a dit à Marc:
- Il était temps. Ça fait quoi? Six, sept ans qu’elle est ton ex!?
- Na… Ça fait six ans qu’on s’est laissés et nous sommes sortis ensemble cinq ans. Ça fait donc onze ans qu’elle est mon ex.
- Tu calcules comme un boulier corse ou quoi?
- Ce sont les Chinois, les bouliers, monsieur le barman.
- C’est ce que je disais.
Marc a pris une gorgée puis a posé sa bière sur le zinc afin de souligner l’importance des explications qui allaient suivre.
- Une fille, dès que l’on sort avec, c’est une ex. La preuve en est qu’on dit tous : «quand on sortait ensemble, mon ex faisait gnagnagna...» Mais, au moment où cette fille faisait gnagnagna, moment auquel on fait référence, on sortait avec elle. Il faudrait dire «ma blonde faisait gnagnagna». Pourtant, on dit «ex». CQFD.
Devant cette philosophie, Alex avait ce regard qu’ont les poissons frits. Marc en a profité pour polir le tout.
- Ainsi, elles sont toutes des ex. Même celle qui est dans ton lit. Mais ne lui dis pas… Je sais pas pourquoi, elles aiment pas ça ce genre de discussions…
Alex fixait toujours Marc, l’air ahuri, puis, sortant de sa torpeur, il s’est frotté le nez en jetant:
- À ce que je vois, Marc, t’es un grand romantique… Dis, tu réfléchis toujours de même ou tu fais un extra pour moi? L’alcool doit te reposer...
- En effet. D’ailleurs, je me sens un brin surmené, là. Je prendrais bien une petite relaxation en bouteille, por favor…
- Tu verras, celle-là aussi sera une Ex a